Analyse de documents historiques : nos conseils pour le concours commun

23 février 2021 | _Choix de la rédaction, Méthodologie

L’analyse de documents historiques, nouvelle épreuve d’Histoire au concours commun des IEP 2021, ne doit pas vous effrayer. Si l’épreuve de dissertation comportait des exigences, celle-ci aussi. Les connaître parfaitement avant cette épreuve vous permettra d’être serein le jour « J ». La justesse de votre expression et des propos parfaitement appropriés feront de votre devoir une réussite… Alors comment s’en sortir ?

 

Quelques points importants à retenir

S’il vous apparaît que l’analyse de document est une épreuve plus simple que la dissertation, elle n’en est cependant pas moins sélective sur les candidats car elle permet de juger ceux-ci sur l’articulation ou l’agencement des notions d’histoire qu’il vous faut posséder. Les connaissances restent donc de mise et la cohérence de vos propos également. Vous devrez donc maîtriser l’art du bien parler et l’art qui donne les règles du bien-dire.

Pour y arriver, il faudra faire preuve « d’esprit critique ».

Ayez toujours à l’esprit qu’il faut considérer votre sujet avec un regard critique, afin de doser ce que vous devez apporter pour instruire votre sujet.

En conséquence, la critique que vous apporterez devra être la source des points utiles à votre analyse, car il s’agit bien ici d’une épreuve d’analyse de document. Qu’est-ce qui est critiquable, dans le contexte auquel le document se positionne, sa nature, son auteur. Ces éléments seront significatifs pour faire preuve d’une bonne analyse.

Pour cela, en replaçant le document dans son contexte de création, il s’agit de s’interroger sur ses intérêts et sur ses limites par rapport à un sujet donné et se poser des « questions critiques » :

– Le document me permet-t-il d’étudier pleinement le sujet ?

– Quels aspects du sujet n’aborde-t-il pas ? S’agit-il d’oublis volontaires ?

– Le document est-il neutre ? Objectif ? Subjectif ? Est-il écrit avec du recul, ou bien « à chaud » (c’est-  à-dire influencé par les émotions de l’auteur) ?

– Le document semble-t-il contradictoire au regard de vos connaissances ? Oublie-t-il quelque chose d’essentiel? Si oui, pourquoi ?

Vous pouvez considérer qu’un document ment s’il affirme quelque chose de contraire à ce qui a été vu dans vos cours.

Voici donc quelques cas concrets sur cet esprit critique.

Saisir la critique de l’auteur

Sur un sujet relatif à La France de Vichy sous l’occupation, le document était un « extrait issu de l’avant-propos de l’ouvrage La France de Vichy (1940-1944) paru en 1973 de R. Paxton ».

En suivant les points évoqués précédemment, on peut se demander si « ce document permet d’étudier pleinement le sujet ? ».

En effet, l’auteur est un historien américain ayant particulièrement étudié cette période. Pour certains, son origine étrangère aurait pu l’empêcher de bien appréhender la complexité de cette situation profondément française… Sa thèse est également basée exclusivement sur les archives allemandes qui étaient seulement accessibles en 1973 car les archives françaises restèrent fermées jusqu’en 1979. Il est donc clair, que le contexte particulier dans lequel l’état français est apparu, a pu souffrir de quelques limites dans son analyse.

Saisir la critique d’une photo

Dans un sujet lié au cyberespace et ses conflictualités ou coopérations entre ses acteurs, le document était une capture de carte interactive du site Data Center Map provenant de l’adresse URL https://www.datacentermap.com/. Ce site web gratuit danois datant de 2007, fournit de très nombreuses données sur les data centers et se finance grâce à la publicité des annonceurs.

Le document est-il véritablement neutre ? Est-il objectif ? Subjectif ?

Ici on peut juger de l’objectivité du document qui est accessible instantanément depuis n’importe quel ordinateur relié à Internet. C’est notamment un aspect qui caractérise le cyberespa

ce : l’accessibilité immédiate d’informations extrêmement variées et de qualité convenable. »

Donc, cette petite remarque critique positive sur la nature de ces documents montre que l’on est dans un procédé de mise en abyme. Procédé qui utilise un contenu à partie du contenu. Ici on travaille sur le cyberespace, qui nous fournit justement le document disponible sur le cyberespace.

On peut donc considérer que les informations fournies sur ces types de sites sont fiables puisque sinon ils risqueraient de ne pas être pris au sérieux par les acteurs du web qui recherchent leur services.

En faisant remarquer cette critique sur ce document, vous montrez au correcteur qu’en prenant le temps d’observer la qualité d’un document, vous pouvez ensuite en profiter pour utiliser les informations qu’il fournit en toute confiance sans interpréter ou nuancer.

Critiquer les limites d’un document

Sur un sujet évoquant « les problèmes du Moyen Orient de 1948 à 1978 », le document était une photo du Président égyptien signant un accord de paix avec Israël (octobre 1978).

Le document était intitulé : « Le Président égyptien s’apprête à signer un accord de paix avec Israël (octobre 1978) ».

Il évoque la complexité des problèmes que connaît le Moyen Orient à cette époque et notamment depuis 1948, date de la création de l’État d’Israël.

En quoi cette photo montrant la signature d’un accord important marque-t-elle un tournant important dans la situation géopolitique au Proche Orient ?

Le document semble-t-il contradictoire au regard de vos connaissances ?

Ce document évoque bien un épisode important mais il ne couvre pas suffisamment l’ensemble de la complexité de la situation au Moyen Orient. Vous devez donc faire remarquer que l’événement représenté est limité et déjà un peu oublié dans l’évolution géopolitique de cette région.

Cet exemple démontre bien qu’en fonction de la signification accordée aux documents de votre sujet, vous allez pouvoir déduire les premiers éléments de la problématisation car le problème émergera des autres tensions qui ne se réduiront pas avec cet accord…

Approcher l’insuffisance d’un document

Dans un sujet qui couvrait « la Chine et le monde de 1960 à nos jours » un court extrait du livre d’André Fontaine et Pierre Li, « Sortir de l’hexagonie » était proposé. Pour cette ouvrage paru en 1984, les deux journalistes évoquaient l’évolution de la place de la Chine dans les relations internationales.

Réflexions de deux journalistes dans un ouvrage paru en 1984 :

Aujourd’hui la Chine, après être passée de l’alliance de droit avec l’URSS contre les États-Unis à une alliance de fait avec les États-Unis contre l’URSS, a détendu ses relations avec celle-ci, sans compromettre vraiment celles qu’elle entretient avec l’Amérique. […]

D’une manière générale, la Chine donne de toute évidence la priorité à son renforcement interne et ne pose plus, comme pendant les années 60, en Mecque du véritable communisme [1] et en inspiratrice de nombreux mouvements révolutionnaires du tiers monde. Cette attitude n’est pas incompatible, bien au contraire, avec une certaine ouverture, notamment commerciale, indispensable en tout état de cause à la modernisation économique et sociale du pays. […]

Régnant sur l’État le plus peuplé du globe, et de beaucoup, les successeurs des Ming et de Mao se doivent certes, d’abord, d’assumer la cohésion interne de leur pays. L’ouverture ne peut être, dans ces conditions, que lente. Mais il suffirait qu’elle s’amorce pour de bon pour avoir une portée considérable.

C’est dans ce contexte que l’accélération des échanges, après la mort de Mao Zedong, en 1976, doit retenir l’attention. Même si la part de la Chine dans le commerce mondial demeure infime, le fait est qu’elle a progressé de 20 % par an entre 1978 et 1981.

Source : André Fontaine et Pierre Li, Sortir de l’hexagonie, Paris, 1984 (extraits).

L’analyse :

Après une lecture de ce document assez court et qui paraît très simple, on constate que les réflexions des auteurs sont très allusives en particulier sur les causes de rupture avec le modèle maoïste…

Quels aspects du sujet, le document n’aborde-t-il pas ?

Si ce document présente donc les différentes stratégies mises en place par la république chinoise et l’évolution de sa puissance, il fallait faire remarquer que l’intérêt de ce texte est à nuancer…

Le caractère très allusif et peu précis voire peu analytique des propos des auteurs, rend difficile son explication. Ainsi trouver certaines causes de changement ou d’évolution n’était pas possible. Les limites chronologiques sont aussi discutables car même si le document commence par les années 1960, les références sont explicites aux années antérieures…

Il faut donc ici bien maitriser les connaissances du cours pour se sortir de cette étude…

Dire quand un texte se trompe, volontairement ou non

Un document peut énoncer des choses fausses pour plusieurs raisons. Dans un exercice d’étude critique, vous devez alors, en vous appuyant sur les connaissances que vous avez (cours, lectures, culture), dire que c’est faux, en quoi c’est faux, ce qui est vrai et pourquoi l’auteur a dit faux (volontairement ou non).

S’agit-il d’oublis volontaires ?

Le médecin de guerre Marcel Poisot écrit à propos de la bataille de Verdun le 21 août 1916 dans son Journal de guerre « Lundi 21 août : Près d’un million d’hommes sont tombés là, sur ce front minime. ».

Aujourd’hui, les historiens établissent plutôt le bilan de cette bataille entre 700 000 à 800 000 morts. Mais Marcel Poisot ne pouvait avoir accès à un décompte précis, sur le vif de cette bataille, écrivant au jour le jour… Ce n’est pas son intention de mentir.

Dans le journal du Petit Parisien, le 11 octobre 1914, on y lisait « Nos troupes d’ailleurs, maintenant, se rient de la mitrailleuse, on n’y fait plus attention ».

On sait au combien ces armes ont été dévastatrices pour l’époque, les mitrailleuses étaient des armes nouvelles, elles étaient très craintes car elles tiraient 600 coups par minute… Il s’agit donc bien ici de la diffusion de fausses nouvelles par la presse française pour rassurer l’arrière, éviter les désertions des nouveaux appelés. Naturellement, ce texte nous ment.

Enfin, vous pouvez être certain que tout document est subjectif.

Toute œuvre humaine est subjective, que l’auteur l’ait souhaité en cherchant à convaincre, à s’engager : propagande, discours politique, etc… ou non, car il appartient à son temps et voit donc le monde avec les yeux contemporains de son époque.

Mais il ne s’agit pas seulement de dire que le document est subjectif, il faut montrer en quoi il l’est.

Dans quelle mesure l’artiste ou l’auteur a-t-il fait des choix plus ou moins conscients qui donnent un sens particulier à son œuvre ?

Tout document est né dans un contexte (lieu et temps) particulier, marqué par des connaissances, des mentalités, des habitudes, une organisation sociale, des croyances, etc. Attention de même aux œuvres réalisées après (parfois de nombreuses années après) les événements qu’elles figurent : elles sont marquées par l’oubli, la volonté de réécrire, le fait que l’auteur sait ce qu’il s’est passé par la suite, etc.

Même un document qu’on pense objectif par sa forme (statistiques, graphique, carte), peut être le résultat de choix de la part de son auteur. Pour des statistiques, on peut critiquer l’échelle temporelle utilisée, pour une carte on peut remettre en cause l’espace géographique choisi…

Lorsque les données sont mises en graphique, on peut regretter le choix de tel ou tel type de représentation, les couleurs, etc.

Voilà, j’espère vous avoir mieux éclairé sur l’utilité de cette démarche critique qui ne sera efficace qu’à force d’entrainement. Entrainez-vous sur des documents du quotidien, d’actualité, des thèmes déjà connus du programme d’histoire de votre concours et prenez le temps d’analyser, de critiquer, même rapidement. Vous verrez qu’à terme, vous serez capable d’approcher un document par la critique même sur un document qui vous paraissait sans faille de premier abord.

Cet article est publié dans le cadre de notre partenariat avec le site Madissertation.fr

#analyse de documents#concours commun#conseils#épreuve#histoire#méthodologie

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Février 2018

Lorem per hoc minui studium suum existimans Paulus, ut erat in conplicandis negotiis artifex dirus, unde ei Catenae inditum est cognomentum, vicarium ipsum eos quibus praeerat adhuc defensantem ad sortem periculorum communium traxit.

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L’analyse de documents historiques, nouvelle épreuve d’Histoire au concours commun des IEP 2021, ne doit pas vous effrayer. Si l’épreuve de dissertation comportait des exigences, celle-ci aussi. Les connaître parfaitement avant cette épreuve vous permettra d’être serein le jour « J ». La justesse de votre expression et des propos parfaitement appropriés feront de votre devoir une réussite… Alors comment s’

en sortir ?

 

Quelques points importants à retenir……

S’il vous apparaît que l’analyse de document est une épreuve plus simple que la dissertation, elle n’en est cependant pas moins sélective sur les candidats car elle permet de juger ceux-ci sur l’articulation ou l’agencement des notions d’histoire qu’il vous faut posséder. Les connaissances restent donc de mise et la cohérence de vos propos également. Vous devrez donc maîtriser l’art du bien parler et l’art qui donne les règles du bien-dire.

Pour y arriver, il faudra faire preuve « d’esprit critique ».

Ayez toujours à l’esprit qu’il faut considérer votre sujet avec un regard critique, afin de doser ce que vous devez apporter pour instruire votre sujet.

En conséquence, la critique que vous apporterez devra être la source des points utiles à votre analyse, car il s’agit bien ici d’une épreuve d’analyse de document. Qu’est-ce qui est critiquable, dans le contexte auquel le document se positionne, sa nature, son auteur. Ces éléments seront significatifs pour faire preuve d’une bonne analyse.

Pour cela, en replaçant le document dans son contexte de création, il s’agit de s’interroger sur ses intérêts et sur ses limites par rapport à un sujet donné et se poser des « questions critiques » :

– Le document me permet-t-il d’étudier pleinement le sujet ?

– Quels aspects du sujet n’aborde-t-il pas ? S’agit-il d’oublis volontaires ?

– Le document est-il neutre ? Objectif ? Subjectif ? Est-il écrit avec du recul, ou bien « à chaud » (c’est-  à-dire influencé par les émotions de l’auteur) ?

– Le document semble-t-il contradictoire au regard de vos connaissances ? Oublie-t-il quelque chose d’essentiel? Si oui, pourquoi ?

Vous pouvez considérer qu’un document ment s’il affirme quelque chose de contraire à ce qui a été vu dans vos cours.

Voici donc quelques cas concrets sur cet esprit critique.

Saisir la critique de l’auteur

Sur un sujet relatif à La France de Vichy sous l’occupation, le document était un « extrait issu de l’avant-propos de l’ouvrage La France de Vichy (1940-1944) paru en 1973 de R. Paxton ».

En suivant les points évoqués précédemment, on peut se demander si « ce document permet d’étudier pleinement le sujet ? ».

En effet, l’auteur est un historien américain ayant particulièrement étudié cette période. Pour certains, son origine étrangère aurait pu l’empêcher de bien appréhender la complexité de cette situation profondément française… Sa thèse est également basée exclusivement sur les archives allemandes qui étaient seulement accessibles en 1973 car les archives françaises restèrent fermées jusqu’en 1979. Il est donc clair, que le contexte particulier dans lequel l’état français est apparu, a pu souffrir de quelques limites dans son analyse.

Saisir la critique d’une photo

Dans un sujet lié au cyberespace et ses conflictualités ou coopérations entre ses acteurs, le document était une capture de carte interactive du site Data Center Map provenant de l’adresse URL https://www.datacentermap.com/. Ce site web gratuit danois datant de 2007, fournit de très nombreuses données sur les data centers et se finance grâce à la publicité des annonceurs.

Le document est-il véritablement neutre ? Est-il objectif ? Subjectif ?

Ici on peut juger de l’objectivité du document qui est accessible instantanément depuis n’importe quel ordinateur relié à Internet. C’est notamment un aspect qui caractérise le cyberespa

ce : l’accessibilité immédiate d’informations extrêmement variées et de qualité convenable. »

Donc, cette petite remarque critique positive sur la nature de ces documents montre que l’on est dans un procédé de mise en abyme. Procédé qui utilise un contenu à partie du contenu. Ici on travaille sur le cyberespace, qui nous fournit justement le document disponible sur le cyberespace.

On peut donc considérer que les informations fournies sur ces types de sites sont fiables puisque sinon ils risqueraient de ne pas être pris au sérieux par les acteurs du web qui recherchent leur services.

En faisant remarquer cette critique sur ce document, vous montrez au correcteur qu’en prenant le temps d’observer la qualité d’un document, vous pouvez ensuite en profiter pour utiliser les informations qu’il fournit en toute confiance sans interpréter ou nuancer.

Critiquer les limites d’un document

Sur un sujet évoquant « les problèmes du Moyen Orient de 1948 à 1978 », le document était une photo du Président égyptien signant un accord de paix avec Israël (octobre 1978).

Le document était intitulé : « Le Président égyptien s’apprête à signer un accord de paix avec Israël (octobre 1978) ».

Il évoque la complexité des problèmes que connaît le Moyen Orient à cette époque et notamment depuis 1948, date de la création de l’État d’Israël.

En quoi cette photo montrant la signature d’un accord important marque-t-elle un tournant important dans la situation géopolitique au Proche Orient ?

Le document semble-t-il contradictoire au regard de vos connaissances ?

Ce document évoque bien un épisode important mais il ne couvre pas suffisamment l’ensemble de la complexité de la situation au Moyen Orient. Vous devez donc faire remarquer que l’événement représenté est limité et déjà un peu oublié dans l’évolution géopolitique de cette région.

Cet exemple démontre bien qu’en fonction de la signification accordée aux documents de votre sujet, vous allez pouvoir déduire les premiers éléments de la problématisation car le problème émergera des autres tensions qui ne se réduiront pas avec cet accord…

Approcher l’insuffisance d’un document

Dans un sujet qui couvrait « la Chine et le monde de 1960 à nos jours » un court extrait du livre d’André Fontaine et Pierre Li, « Sortir de l’hexagonie » était proposé. Pour cette ouvrage paru en 1984, les deux journalistes évoquaient l’évolution de la place de la Chine dans les relations internationales.

Réflexions de deux journalistes dans un ouvrage paru en 1984 :

Aujourd’hui la Chine, après être passée de l’alliance de droit avec l’URSS contre les États-Unis à une alliance de fait avec les États-Unis contre l’URSS, a détendu ses relations avec celle-ci, sans compromettre vraiment celles qu’elle entretient avec l’Amérique. […]

D’une manière générale, la Chine donne de toute évidence la priorité à son renforcement interne et ne pose plus, comme pendant les années 60, en Mecque du véritable communisme [1] et en inspiratrice de nombreux mouvements révolutionnaires du tiers monde. Cette attitude n’est pas incompatible, bien au contraire, avec une certaine ouverture, notamment commerciale, indispensable en tout état de cause à la modernisation économique et sociale du pays. […]

Régnant sur l’État le plus peuplé du globe, et de beaucoup, les successeurs des Ming et de Mao se doivent certes, d’abord, d’assumer la cohésion interne de leur pays. L’ouverture ne peut être, dans ces conditions, que lente. Mais il suffirait qu’elle s’amorce pour de bon pour avoir une portée considérable.

C’est dans ce contexte que l’accélération des échanges, après la mort de Mao Zedong, en 1976, doit retenir l’attention. Même si la part de la Chine dans le commerce mondial demeure infime, le fait est qu’elle a progressé de 20 % par an entre 1978 et 1981.

Source : André Fontaine et Pierre Li, Sortir de l’hexagonie, Paris, 1984 (extraits).

L’analyse :

Après une lecture de ce document assez court et qui paraît très simple, on constate que les réflexions des auteurs sont très allusives en particulier sur les causes de rupture avec le modèle maoïste…

Quels aspects du sujet, le document n’aborde-t-il pas ?

Si ce document présente donc les différentes stratégies mises en place par la république chinoise et l’évolution de sa puissance, il fallait faire remarquer que l’intérêt de ce texte est à nuancer…

Le caractère très allusif et peu précis voire peu analytique des propos des auteurs, rend difficile son explication. Ainsi trouver certaines causes de changement ou d’évolution n’était pas possible. Les limites chronologiques sont aussi discutables car même si le document commence par les années 1960, les références sont explicites aux années antérieures…

Il faut donc ici bien maitriser les connaissances du cours pour se sortir de cette étude…

Dire quand un texte se trompe, volontairement ou non

Un document peut énoncer des choses fausses pour plusieurs raisons. Dans un exercice d’étude critique, vous devez alors, en vous appuyant sur les connaissances que vous avez (cours, lectures, culture), dire que c’est faux, en quoi c’est faux, ce qui est vrai et pourquoi l’auteur a dit faux (volontairement ou non).

S’agit-il d’oublis volontaires ?

Le médecin de guerre Marcel Poisot écrit à propos de la bataille de Verdun le 21 août 1916 dans son Journal de guerre « Lundi 21 août : Près d’un million d’hommes sont tombés là, sur ce front minime. ».

Aujourd’hui, les historiens établissent plutôt le bilan de cette bataille entre 700 000 à 800 000 morts. Mais Marcel Poisot ne pouvait avoir accès à un décompte précis, sur le vif de cette bataille, écrivant au jour le jour… Ce n’est pas son intention de mentir.

Dans le journal du Petit Parisien, le 11 octobre 1914, on y lisait « Nos troupes d’ailleurs, maintenant, se rient de la mitrailleuse, on n’y fait plus attention ».

On sait au combien ces armes ont été dévastatrices pour l’époque, les mitrailleuses étaient des armes nouvelles, elles étaient très craintes car elles tiraient 600 coups par minute… Il s’agit donc bien ici de la diffusion de fausses nouvelles par la presse française pour rassurer l’arrière, éviter les désertions des nouveaux appelés. Naturellement, ce texte nous ment.

Enfin, vous pouvez être certain que tout document est subjectif.

Toute œuvre humaine est subjective, que l’auteur l’ait souhaité en cherchant à convaincre, à s’engager : propagande, discours politique, etc… ou non, car il appartient à son temps et voit donc le monde avec les yeux contemporains de son époque.

Mais il ne s’agit pas seulement de dire que le document est subjectif, il faut montrer en quoi il l’est.

Dans quelle mesure l’artiste ou l’auteur a-t-il fait des choix plus ou moins conscients qui donnent un sens particulier à son œuvre ?

Tout document est né dans un contexte (lieu et temps) particulier, marqué par des connaissances, des mentalités, des habitudes, une organisation sociale, des croyances, etc. Attention de même aux œuvres réalisées après (parfois de nombreuses années après) les événements qu’elles figurent : elles sont marquées par l’oubli, la volonté de réécrire, le fait que l’auteur sait ce qu’il s’est passé par la suite, etc.

Même un document qu’on pense objectif par sa forme (statistiques, graphique, carte), peut être le résultat de choix de la part de son auteur. Pour des statistiques, on peut critiquer l’échelle temporelle utilisée, pour une carte on peut remettre en cause l’espace géographique choisi…

Lorsque les données sont mises en graphique, on peut regretter le choix de tel ou tel type de représentation, les couleurs, etc.

Voilà, j’espère vous avoir mieux éclairé sur l’utilité de cette démarche critique qui ne sera efficace qu’à force d’entrainement. Entrainez-vous sur des documents du quotidien, d’actualité, des thèmes déjà connus du programme d’histoire de votre concours et prenez le temps d’analyser, de critiquer, même rapidement. Vous verrez qu’à terme, vous serez capable d’approcher un document par la critique même sur un document qui vous paraissait sans faille de premier abord.

Cet article est publié dans le cadre de notre partenariat avec le site Madissertation.fr

 

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